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Isabelle, roman d'aventure epique et erotique - Chapître VII

Publié le par itikar

Isabelle laisse Lancelot la conduire dans la salle du trône. Elle est pleinement heureuse à l'idée de voir son oncle après tant de temps et surtout très excitée d'être enfin admise à La Table Ronde.

Les événements d'il y a quelques années lui donnaient en effet d'excellentes raisons de penser que c'était là la raison de sa convocation par le roi Arthur ce jour où elle devenait légalement femme.

 

Depuis quelques temps, régulièrement, les seigneurs locaux possesseurs du titre de chevalier, organisaient sur la demande d'Arthur des tournois dont le premier prix était pour le moins singulier : le vainqueur recevait le privilège illustre de rejoindre les rangs des chevalier de la Table Ronde ! Le tournoi était ouvert à tous, seigneurs et manants, hommes et femmes ... Le peuple se colportait que le roi désirait combler les quelques places vides que laissaient les divers décès et abandons de charge amputant d'autant le Conseil de la Table. Bien sûr, c'est lors d'une de ces joutes qu'Isabelle saisit l'occasion qu'elle guettait depuis toujours de réaliser son rêve, et de démontrer à tous ses exceptionnels talents de combattante.

 

Les premiers combats qu’elle dut faire en cette occasion ne lui posèrent pas de réelles difficultés, et celle que nul n'attendait, tant elle semblait frêle, faible et fragile, devint très vite l'égérie de la foule en liesse, moitié suite à ses prouesses et moitié pour sa beauté hors norme.

Elle se battait aussi bien à dos de pur sang, maniant la lourde lance traditionnelle avec une aisance anormale étant donné sa corpulence, qu'à pied munie d'une longue épée et d'une simple étoile du matin.

 

Bien sûr, tous savait à l'époque qu'elle perdrait le combat contre le légendaire Chevalier Noir, venu participer contre toute attente à ce tournoi-ci suite à une promesse qu'il avait fait au roi des Bretons de penser à rejoindre ses rangs après avoir perdu son duel face à lui et Excalibur, tel que cela est conté dans les livres qui narrent la saga du jeune roi Arthur.

 

Cependant, le combat improbable entre la jeune fille vêtue d'une simple cotte de mailles grisâtre et le monstre d'acier dans sa sombre armure d'apparat avait duré près d'une heure ... D'abord désarçonnée à la troisième joute par le chevalier implacable, elle sut en sang user de la chaîne et des trois boules barbelées de son étoile pour frapper au jarret le cheval à la robe noire, qui perdit l'équilibre, propulsant à terre son sinistre cavalier. Elle s'élança sur le terrible guerrier avec une rage peu féminine et il ne dut qu'à ses réflexes aguerris de dresser à temps son noir écu. Puis, une danse mortelle rythmée par le fracas de leurs armes et les éclaboussures de leur sang s'ensuivit et ce n'est que lorsque la demoiselle fut éreintée au point de ne plus parvenir à soulever son fléau que le chevalier Noir, pourtant d'attaque et serein, montra à tous sa défaite impossible et fit volte-face pour quitter sans mot dire l'arène, laissant victorieuse la jeune femme, que le bonheur et la joie emplit alors, effaçant fatigue et peur. De la rumeur des spectateurs les bardes firent un chant chef-d'oeuvre de l'amour courtois, narrant que le visage ensanglanté de la belle avait charmé le monstre sans coeur qui, voyant qu'elle allait préférer périr que perdre la face, préféra lui laisser tous les honneurs d'une victoire qui aurait du être une amère défaite ... Ainsi au soir de ces événements fut pré adoubée la première Dame chevalier, au crépuscule de l'âge d'Or du roi Arthur.

 

Elle lui fait face à cet instant, à ce monarque ultime, belle et féminine, et ce n'est qu'à son sourire presque narquois qu'on devine celle qui triompha du chevalier armé de noir, peut-être le seul être au monde qui eusse été capable de vaincre le champion envoyé au roi par la Dame du Lac, Lancelot le magnifique ! Et c'est ce même Lancelot qui la tient par le bras ! Le Roi sourie pleinement devant ce tableau qui lui rend un moment toute la confiance que la maladie ébréchait.

 

Isabelle capte lors de cet instant la force morale peu commune du roi, et découvre un homme empli d'une assurance sans faille et digne tout à la fois. Comme tant d'autres auparavant, elle tombe sous le charme, et a immédiatement envie de servir, à la vie à la mort, le roi Arthur et sa cause.

Elle rend un sourire gracieux à son oncle, puis fait une parfaite révérence au monarque.

 

Arthur était capé d'une ample soie gueule bordée d'hermines blanches. Il portait une couronne d'or et sa barbe était impeccablement taillée. En ce jour de cour, il avait dédaigné son armure de plates rutilantes – la même que celle de Lancelot et des autres chevaliers de l'ordre- pour revêtir de riches tissus de couleurs chaudes, à dominance oranges et jaunes, tressés de fils dorés et de grains de rubis. Il se tenait debout devant son massif et rude trône blanc et à sa gauche, un serviteur habillé de beau vert et également capé de soie rouge, portait devant lui sur un coussin soyeux de couleur bordeaux une longue épée d'acier étincelant ayant un pommeau orné d'une étoile en saphir : Excalibur. Arthur accueillit sa nièce en écartant les bras et lui dit dans ce geste chaleureux :

 

-         Isabelle ... Enfin te voilà devant moi telle que dans mes rêves ...

 

La jeune fille hésite, elle songe à s'élancer sans aucune dignité dans les bras ainsi offerts ... Non pas la simple pudeur, mais quelque chose d'inexplicable, la retient et elle se contente de sourire avec gentillesse. Se faisant sereine, elle dit :

 

-         C'est un grand honneur et un plus grand plaisir encore de vous voir, mon oncle. Je suis votre obligée.

 

Le roi a l'espace d'un instant le regard peiné, car il songe à l'ampleur de la tâche qui attendait Isabelle et tout ce qu'il va devoir exiger d'elle. « Qu'il est cruel d'être roi parfois... » Pense t'il.           Puis il se ressaisit et s'adresse gaiement à sa nièce :

 

-         Cet honneur est le mien, Isabelle. Quant au plaisir ... Y en a t’il un plus grand pour un oncle désormais privé de toute famille que de voir que sa petite nièce est devenue une splendide jouvencelle doublée d'une bretteuse de premier ordre ?!

 

Isabelle réussit sans peine à capter le regard perplexe de Lancelot et elle sait à ce moment que le champion de son oncle mettait en doute ses qualités guerrières. Cependant, tout deux ne l’ont jamais vu combattre vraiment. Elle comprend alors que son oncle cherche à aviver en elle la confiance en ses talents. Elle devine donc que le monarque allait l'envoyer en mission et elle s'amuse à le mettre au pied du mur :

 

-         Mon roi, je ne suis plus la petite fille que vous faisiez jadis sauter sur vos genoux, et, sachez-le, je suis prête à tout. Suis-je ou non la bienvenue à La Table Ronde moi qui ai vaincu le Chevalier Noir lui-même au tournoi organisé par le Sénéchal Keu ?! En ce jour qui point ma majorité, m'avez-vous fait mander pour m'adouber chevalier ?

 

Arthur hésite plus que nécessaire, et cela trouble la jeune fille qui se demande si elle n'y a pas été un peu fort dans sa manière peu courtoise de s'adresser au souverain. Plus le roi restait silencieux, plus elle voyait le titre tant convoité lui filer au nez ! Bien que l'envie de briser le silence pour passer à un autre sujet plus facile la tenaille, elle tient bon et attend la réponse du roi.

 

Finalement, Lancelot, qui jusque là s'est contenté de rester impassible,  se tourne vers Isabelle, dardant le feu de son regard vers la flamme sans cesse rallumée du sien puis prend la parole :

 

-         Il s'agit de bien plus que cela, ma chère. Vous devez partir à la recherche du Graal, et poursuivre cette quête sacrée où nous tous avons échoué. Et je vous y aiderais, et au prix de ma vie.

 

Isabelle hoquete devant l'inconcevable nouvelle :

 

-         Le Graal ?! Moi ? Rapporter la coupe sacrée ayant recueilli le sang du fils du dieu unique au moment de sa mort !    ... Mais, mon oncle, dites-moi que le chevalier Lancelot affabule, ce n'est pas possible ! Jamais ma mère ...

 

Le roi Arthur la coupe à ce moment précis d’une voix grave, et, fait incroyable, il s'emporte:

 

-         Morgane n'a rien à dire ! Je suis le roi, et Dieu m'a parlé dans mon délire ! Tu es notre dernière carte, Dame Isabelle de Cornouailles ! Tu n'as pas le choix, trop de bonnes vies sont en jeu désormais ... Par la couronne que Dieu m’a ordonné de ceindre, je t'ordonne de partir en quête du Graal et par tous les moyens qui viendront, tu le rapporteras au plus vite, pour qu'il protège de son pouvoir divin l'Angleterre et ceux qui croient en son saint pouvoir !

 

Personne ne voit l'onde invisible qui relie lors de sa tirade sans appel la bouche d'Arthur au pommeau d'Excalibur. L'épée elle-même, ou plutôt les forces qu'elle représente, a envoyé Isabelle droit vers sa singulière destinée.

Ainsi, la jeune fille acquiesce :

 

- Mon Oncle … pardon, mon Roi, il sera donc fait selon votre bon désir, je pars en quête céans puisqu’il le faut, et je souffre à l’idée de devoir vous quitter sans même avoir pu jouir de votre chaleureuse hospitalité … Souffrez que je me retire. Me le permettez-vous, mon beau sire ?

 

Arthur cesse immédiatement d’être affecté par l’étrange sortilège, qui en dernier laissa en lui juste une impression que ses dernières paroles devaient être prononcées, et devaient l’être pile poil de la manière dont il l’avait fait.

Alors, il considère les propos d’Isabelle, et est frappé par sa belle noblesse. Il a une irrépressible envie de lui offrir tout ce qu’il possédait, son château, ses terres, et son Amour y compris, soit ce qui lui était le plus cher au monde … Pourtant, toute ces largesses étaient impossibles car sa charge ne lui laissait alors nulle liberté que celles que lui dictait le protocole sacré qui avait présidé à pratiquement tous les actes de sa vie : le code de la chevalerie, tout ce pour quoi la Table ronde avait été bâti.

Il reconsidère la jeune fille. Elle vient de s’agenouiller à demi devant lui, une jambe pliée au sol, l’autre jambe pied à terre. Le genou de cette jambe retient ses mains, posées croisés au-dessus, et sa tête penche, sauf ses yeux qui fixe ceux du roi avec une vive acuité.

 

Isabelle attend patiente la réaction du monarque, pleinement consciente qu’elle lui offre ainsi penchée la vue de ses seins blancs et charmants que le décolleté de sa robe lui livre ainsi pleinement.

 

Mais Arthur est plongé dans son rituel, et celui-ci le mène vraiment loin de toute concupiscence. Son page qui le connaissait bien lui présente d’ailleurs déjà Excalibur. Si Merlin eut été ici, lui seul aurait perçu les rugissements de contentement qui agite alors l’épée du Dragon lorsque Arthur adoube, par ces mots, la jeune fille :

 

-         Par Excalibur et les pouvoirs qui sont les miens, Dame Isabelle de Cornouailles, et sous le regard de Dieu, je t’adoube chevalier, reconnaissant de ce fait la noblesse et la grandeur d’âme qui habite jusqu’aux profondeurs de ton coeur. Tu me fais dès lors le grand honneur de devenir ma vassale, et en tant que ton suzerain, je t’apporterais tout le soutien dont tu auras besoin. Tu resteras liée à ce serment toute ta vie durant, et à chaque instant désormais, tu devras respecter à la lettre le code de la chevalerie. Tu répondras présente chaque fois qu’un homme ou une femme te demandera de rendre justice, et par toi il ou elle sera sous le regard de Dieu. Jamais tu n’agiras pour ta fortune ou ta gloire personnelle, hormis lorsque celle-ci t’échoira pour avoir gagné justes causes. Le faible, la veuve et l’orphelin tu protégeras de tout maux, et tu sauras traiter tout autre chevalier, même embrassant une cause opposée à la tienne, tel ton égal. Tu sauras faire taire ton orgueil, et toujours parlera avec prudence et précision. Tes actes seront les miens, et de ce fait, tu seras soumise à la Loi du Roi d’Angleterre et de La Table Ronde, en bien comme en peines, sans  aucune retenue due à ton rang, à ton sexe ou à ton sang. Ne dis mot, Chevalier, et reçois sereine et décidée ta collée.

 

Excalibur s’abat très violemment sur l’épaule d’Isabelle, qui retient sa respiration, et a avalée sa salive. L’émotion s’empare d’elle bien plus que la douleur du coup, bien que le roi frappe de toute ses forces, et que l’épaule de la belle, que la fine robe montrait nue, s’affaisse, durement ensanglantée par ce coup de plat d’épée …

 

Isabelle grince quelques secondes des dents, puis toute en sueur domine la lancinante douleur, et reprend son calme. Elle sait que nul son ne devait sortir de sa bouche pendant toute la courte mais solennelle cérémonie. Tout chevalier manquant à cet égard n’était-il pas dans ce bien malheureux cas instantanément maudit !?

 

Isabelle serre les dents mais ne pousse donc aucun cri. Pourtant, et le visage dégoûté et crispé du jeune page le trahissait amplement – même si ni Arthur ni Lancelot ne parurent aucunement ému de cela – l’adoubement est cette fois-ci extrêmement violent.

La jeune femme en conçoit immédiatement beaucoup de fierté, violant par la même et pour une première fois une des sacro saintes règles du code chevaleresque.

 

Ni Arthur ni Lancelot ne relèvent ce manquement, qui n’avait pourtant rien d’anodin en fait … et le roi termine ainsi son office par un grand sourire à l’adresse d’Isabelle, qu’il redresse parallèlement :

 

-         Bienvenue parmi les chevaliers de la table ronde, belle dame. Mon ami Lancelot va te conduire à l’infirmerie où l’infirmière bandera ta plaie. Il t’y veilleras puis te raccompagnera ensuite ici, où j’aurais entre temps fait préparer tes armes. Alors, tu sauras tout ce que tu dois.

 

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