Isabelle, roman d'aventure epique et erotique - insert1
Lancelot mis le petit bois dans le feu. Il ne tarda pas à prendre, et à crépiter dans les flammes.
Cette tâche finit, il se tourna vers Isabelle. Le feu lui nimbait toute une moitié du corps d'un halo lumineux l'imprégnant de mystère, et il lui demanda :
"Mais ma Dame, me diriez-vous d'où vous avez appris à vous battre ainsi ?"
Les yeux d'Isabelle alors se perdirent dans les flammes. Il lui semblait que celles-ci se combinaient pour donner naissance à des formes : une colline qui surplombait une mer azurée, et au-dessus, une sorte de chalet paisible au design unique ... Elle dit en chuchottant presque, tant la vision lui fit se senir en paix :
"Oui, ami chevalier ... J'ai commencé à apprendre le kali autour de mes dix ans. Et bien plus encore, j'ai appris quand et comment planter des tulipes ..."
"Qui enseigne cela ? et où ?"
La jeune fille réfléchit. Elle se demandait si son compagnon était digne de recevoir le secret qu'elle s'aprêtait à révéler ?
"Oui se dit-elle. Il le mérite"
Elle se retourna et, regardant droit dans les yeux de Lancelot, livra d'une traite :
"Ma mère Morgane est magicienne. Elle a appris de Merlin les arts apothicaires et alchimiques les plus cachés. Une des plantes qu'elle utilise en décoction a le pouvoir de faire tomber en profond sommeil quiconque la respire. Dans cet état, la "transia" disent les druides, et en prononçant les bons charmes, le corps peut laisse échapper son anima, son âme, et ainsi libérées, traverser en un instant les distances les plus grandes. Ainsi, les âmes de ma mère et de moi ont pénétré ce domaine filandreux qu'on nomme l'Astral et gagné les recoins du monde les plus lointains, tout cela sans bouger réellement et à la vitesse de la pensée.
Vers cette époque, nous prîmes ainsi par une forme de metempsychose partiellement possession de deux corps de jeunes gens aux yeux légèrement bridés et d'origine lointaine qui avaient été adoptés par un vieil homme savant. Sous son égide, ils apprenaient un noble et efficace art martial : le kali-Eskrima."
"Pendant des années, J'ai possédé et accompagné dans son entrainement la dénommée Mia, une petite guerrière sauvage et volontaire dont le vieux maitre était très fier." Ma mère possèdait son frère, et dès que possible elle évitait les entrainements qu'elle considérait comme rébarbatifs et sans intérêts.Je crois que la seule chose qui comptait pour elle c'est que moi, je sois attentive. Avant longtemps, je me retrouvais seule devant mon maitre pendant que mon frère - ma mère - se baladait ou faisait une sieste."
"Je ne sais pas où on se trouvait... ni quand ... Lorsque je posais cette question à ma mère, elle répondait invariablement :"dans le ventre du dragon, ma fille."
Circonspect, Lancelot ne croyait pas un mot de tout ceci, et il imagina plus volontiers que sa jeune amie soit tombée sur un champ de champignons hallucinogènes. A défaut d'avoir vraiment vécu tout cela.
Pourtant, se dit il, il connaissait désormais suffisamment Isabelle pour la sentir sincère, et c'est empli d'interrogation qu'il lui demanda doucement :
"Euh ... Mais quel rapport avec les tulipes .."
Isabelle cette fois ne répondit pas. Ses yeux étaient de nouveau fixés au creux des flammes du feu de camp. Et n'en bougèrent ce soir là que pour se faire annoncer à Morphée ... Chemin faisant vers le sommeil, elle songeait à l'ultime leçon de son ancien maître ... peut-être la plus importantes entre toutes.
- Mia, que fais-tu donc avec ce bulbe ?"
- Mais, Maître, vous êtes très malade, je crois bien que vous allez mourir.Alors ... pour vous faire hommage, je suis allé chercher une tulipe pour vous ... Après ... quand ce sera fini, je la planterais ...
Sur sa couche d'agonie, le vieux guerrier dit en tentant un sourire :
"Non, Mia ... tu le sais pourtant ... nous plantons une tulipe en l'honneur d'un ennemi valoreux mort suite à un combat contre nous ... Moi, je ne suis qu'un jardinier."
Ce furent les dernières paroles qu'Isabelle entendit de celui qui, par l'intermédiaire de sa soeur astrale philippine, lui enseigna pendant de longues années le Kali. Et tout autant son dernier voyage dans cette contrée irréelle. Lorsqu'elle reprit conscience dans les vapeurs de fumée, elle se revoya étendue dans le salon de sa mère. La seule chose étrange qu'elle ramena de son "rêve" fut un bulbe de tulipe, coincé entre ses seins.