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Isabelle, roman d'aventure epique et erotique - Chapître II

Publié le par itikar

Le coursier d’Isabelle pénètre dans une vallée emplie d’ajoncs dorés : « la Vallée d’Or ».  En fait, se rappelle- t-elle, l’espace que délimite ces grands champs a ainsi été nommé en fin de la mythique bataille où les Chevaliers de la Table Ronde ont fait serment d’allégeance envers le Roi Arthur Pendragon, fils d’Uther et dernier grand roi de Bretagne : lorsque les 12 épées des Chevaliers heurtèrent avec fracas la lame Excalibur du roi, une pluie d’étincelles dorées se déversa pour former un grand cercle autour d'eux …

 

Isabelle savait que ce prodige a été en fait causé par la magie de Merlin.

 

Mais alors qu’elle chevauche gaiement, elle se plait à préférer la version chevaleresque, nettement plus romantique.

 

            Au détour d’une sente montante, toute bordée de tournesol alors fièrement orientée vers l’astre solaire, la jeune fille aperçoit Camelot, qui domine alors de toute sa superbe et de sa gloire les terres de haute et petite Bretagne.

La cité du roi Artur fut construite en haut même de la colline où eut lieu le serment des chevaliers et c’est en suivant l’exacte tracé du cercle de poussière d’or que la dalle circulaire coiffant la table de pierre ayant donné son nom à la célèbre confrérie arthurienne  fut scellée.

 

            Cela faisait dix ans jour pour jour qu’Isabelle n’était pas revenue dans la cité. En se rapprochant de la première enceinte extérieure – la cité était principalement formée d’un amoncellement de sobres bâtiments militaires d’allure romaine, entourés par un haut mur d’enceinte stratégiquement étalé sur le paysage, enchâssant la magnicente citadelle royal -  elle comprend qu’il y a quelque chose de changé dans sa manière de percevoir la cité : elle lui semble encore plus belle.

 

            Lorsqu’elle s’en fut éloignée, fillette, elle quittait une ville de pierre froide et poussiéreuse, un endroit toujours bruyant des cris des soldats s’entraînant, des charretiers jurants ou des  malades agonisants … Il ne semblait pas y avoir de gloire à l’ombre des murs, et les ruelles avaient l’air peu sûres, emplies de visages de mendiants grimaçants … C’était une époque de guerre et de fracas, et les grands chevaliers étaient on ne peut plus débordés, qu’ils furent ici à tenir conseil ou dans leurs fiefs à rendre la  justice …

 

            Désormais, la cité a vieilli et la vie en son sein a du s’organiser : ce ne serait plus le fort sordide qu’elle avait quitté ce matin là …

 

            Mais, ce jour là, l'impression de changement vient d'ailleurs : Isabelle sent presque qu'une partie des légendes du lieu la salue, elle, nièce du roi et dernier enfant du Dragon en prime, cette création du paganisme dont le haut de chaque colonne et tableau de Camelot rend hommage par une sculpture ou une peinture représentant ou ses serres ou ses crocs. Plus encore, la jeune fille sent l'énergie du château se concentrer pour galvaniser toutes ses pensées et chacun de ses muscles… comme si la noble bâtisse venait de reconnaître le héros qu’elle allait devenir lors de cette bien étrange histoire, sortie du fond de ces âges pour enfin révéler ce qu’il s’est réellement passé à l’époque de la Morte d’Arthur.

 

            Et lors c’est donc sous une grande pointe d’excitation que la jeune femme déboule dans Camelot. Elle laisse à peine le temps aux soldats d’ouvrir grand le portail, qu'elle passe sans même ralentir. Son destrier continue sa course endiablée le long des murailles, vers le pont-levis menant au donjon royal.

Soudain, commençant à traverser la lourde passerelle, la cavalière empressée tombe nez à nez avec un cheval blanc qui le traverse alors au galop mais dans le sens inverse.

 

Le choc terrible n’a pas lieu. La monture d’Isabelle se cabre immédiatement, propulsant sa fière cavalière en un plouf écoeurant dans la fange de la douve du château. Le dextre chevalier à la parure aussi immaculée que son cheval évite cependant fort habilement celui d’Isabelle d’un coup de poignet ramenant à lui le mors de sa monture, elle-même aucunement effrayée. Puis, il fait faire à celle-ci un volte-face d’une commande tout aussi alerte.

 

L épisode arrache un rire tonitruant et fort discourtois au chevalier. Immédiatement après, la jeune fille éprouve envers cette homme une haine féroce, et elle commence à tirer son épée de son fourreau tout en s’extirpant de la boue malodorante. Elle vocifère un chapelet de jurons odieux dénués de tout charme.

 

Le cavalier, toujours monté,  relève sa visière et suit des yeux la jeune fille tout en s’adressant à elle en ces termes :

-         Oh, oh, oh, jeune oiselle, ne vous démenez pas de la sorte, vous allez de nouveau choir de cet ingrat perchoir. Oh, oh, oh …

-         Faquin, tu vas me payer cet affront, tu ne sais pas à qui tu parles, malotru !

Tout en parlant et en grimpant sur une des pierres de guingois qui la mène au pont-levis rabaissé, Isabelle perd ses trousses, et notamment la moitié gauche de sa tunique qui glisse presque nonchalamment le long de ses hanches, découvrant tout une partie de sa poitrine, et offrant le spectacle d’un sein aussi opulent que boueux à l’homme hilare qui lui fait face. Elle n’en a cure, certaine que c’était le dernier morceau de paradis que vivrait cet homme déjà mort pour avoir ri d’elle.

 

Cependant, à cette vue certes inattendue, le preux chevalier perd toute envie de rire. La part lubrique de son esprit lui souffle avec insistance de faire en sorte que dès ce soir la femme en face de lui finisse dans son lit ; la part romantique lui intime plutôt avec grâce comme un désir impérieux de séduire et protéger cette charmante créature de Dieu … Tout à cet ardent conflit, il reste interdit, sidéré, ne pouvant détacher sa vue de la poitrine d’Isabelle. Celle-ci se campe devant lui, certes à moitié nue, mais terriblement furieuse. En une fente admirable, avec une main sur une hanche, la jeune fille pointe sa rapière vers le cœur de son vis-à-vis.

 

Semblant surgir de nulle part, l’écu du chevalier s’interpose. Le bouclier bloque ainsi l’étreinte mortelle de la demoiselle. Pourtant, une fraction de seconde plus tôt, l’homme ne paraissait pas sur la défensive. Des années d’expériences et la ténébreuse malédiction de toujours vaincre son adversaire humain l’avait en effet toujours empêché de succomber aux blessures. Comme par magie.

En temps normal, telle une dernière danse, un moulinet savant de son épée suivait et conduisait au trépas l’outrecuident ayant osé porter la main sur un tel champion. Ainsi en voulait l’ordre des choses. Mais ce ne fut pas le cas cette fois-là.

 

Le champion se contente d’un galant sourire en regardant avec déférence la belle, et tout en relevant d’une main auguste le vêtement pour tenter de recouvrir la poitrine, lui dit en susurrant :

 

-         Ma Dame, vous êtes Isabelle de Cornouailles, et je suis votre serviteur désormais. Lancelot du Lac.

 

Bien sûr, Isabelle connaissait le chevalier Lancelot. Elle lui vouait une admiration sans égal depuis qu’elle savait tenir bien droit son épée. Portée par l’espoir de lui ressembler, elle se consacra pendant de nombreuses années à des entraînements martiaux de plus en plus poussés.

 

Rencontrer ce saint homme de cette façon a pour elle quelque chose de surprenant, pour ne pas dire très embarrassant : sein nu et crottée jusqu’à la moelle, ce n’était pas exactement la tenue protocolaire qui seyait à un futur chevalier de sexe féminin pour se présenter à une icône de la chevalerie romanesque !

 

Elle ne sait trop pas quelle attitude adopter devant ce bel homme. Il lui sourrit de manière plus respectueuse que condescendante, ou sans doute plus condescendante que respectueuse. Alors soumise à la colère et à des émotions contradictoires, elle jette rageusement son arme vers l’extrémité du pont-levis, où elle retombe lourdement entre deux madriers. Elle se cache les seins des deux mains et baisse la tête en se dissimulant derrière ses épaisses mèches blondes. Ainsi, elle passe à côté du chevalier sans piper mot, sans le regarder, rouge comme une pivoine.

 

Lancelot perd son sourire, la mine contrite, et se retourne pour voir la jeune femme mollement ramasser son épée puis pénétrer dans l’enceinte du donjon, d’un pas lent et hésitant.

 

L’attitude d’Isabelle touche le chevalier. Profondément chagriné, il ressent un violent dégoût de lui-même. Cela ne lui est auparavant jamais arrivé. Il  se juge mentalement coupable de ce gâchis, alors même qu’il est pourtant bien innocent.

Est-ce de sa faute si les costumiers ont prévu une tunique trop désajustable pour la damoiselle ? …

 

Un rire plus gras que les autres sort Lancelot de ses pensées diverses. Il lève la tête et identifie en le dévisageant le garde qui l’a distrait. Il s’agit de l’homme d’arme alors en faction en haut des tours surplombant la herse qu’avait passée Isabelle. Il avait été le témoin de l’arrivée pour le moins ubuesque de la fille de Morgane.

 

Le soldat, un vétéran que connaît bien le chevalier, soutient le regard inquisiteur de Lancelot et s’exclame sur un ton libidineux :

 

-         Monseigneur, si cette fille n’était pas d’sang royal, j’l’emmènerais ben dans mes quartiers, ‘stoire de lui faire enfiler queques vêtments de rechange et lui prêter ma baignoire ... Ah ah ahh

-         Co … Comment oses-tu, roturier ?!! Le seul fait que tu prononces ces mots … orduriers, il n’y a pas d’autres mots, est une atteinte à la dignité d’Arthur !

-         L’ roi Arthur, s’il vous plait, monseigneur. Même si vous vous appelez « du Lac » cela ne vous donne pas l’autorisation d’ vous passer de l’usage de la particule.

Et vous osez parler de dignité ? pfff.

-         …

Lancelot ne peut répondre tant il est interloqué. Ce jour là, il jugea les paroles du soldat déplacées et s’abîma dans des réflexions pleines de tristesse sur le sort de la Grande Bretagne à la fin de ce règne lorsqu’elle sera placée dans des mains aussi dénuées de classe et d’honneur.

 

L’homme d’arme se penche ensuite entre deux créneaux pour mieux s’adresser à notre héros. Il reprend la parole, mais cette fois-ci avec un ton complice et presque confiant :

 

- Arrête de monter sur tes grands chevaux, Lancelot … Le Roi Arthur n’a aujourd’hui de roi que ce titre … Il se meurt et avec lui la Terre, comme l’a prédit le Roi Pêcheur.

Qui le sauvera et avec lui le Royaume d’Angleterre ? … Les Saxons emporteront tout, détruiront et incendieront tout, tueront nos fermiers et violeront nos femmes … Tiens ! A c’propos, j’aurais bien du naître Saxon, Monseigneur, … car qui sait ? J’aurais pu me taper cette bombe d’Isabelle ! Héhé, n’faites pas cette tête faussement vexée, chevalier !! Admettez qu’avec les arguments reçus de sa mère elle doit se tailler des …

 

Le vétéran ne termina jamais sa phrase car, bien que cela ne soit pas mentionné dans les histoires, Lancelot du Lac maîtrisait aussi bien l’épée … que l’arc. Trois des célèbres pennes noires caractérisant les flèches tirées par le chevalier dépassaient à ce moment précis de la poitrine du pauvre homme.

 

Le corps chuta de la tour pour se perdre à jamais dans les douves …

 

L’épée de lancelot était taillée dans du diamant pur. Tout en mettant un genou à terre, il la saisit à pleine main pour la maintenir entre ses jambes. Après avoir baissé la tête, il récite une sempiternelle prière :

 

« Mon Dieu, toi qui est l’Unique Gardien de nos Terres, accueille l’âme de ce pauvre hère dans ton Domaine, car il a reçu ta Justice miséricordieuse, pour avoir souillé l’image de ton représentant de droit divin, mon Roi, Arthur.»

 

Quelques minutes après, le seigneur se redresse. Tout en époussetant son armure, il se dirige vers l’intérieur de la forteresse, afin de retrouver Isabelle. Il ne perdait pas de vue son devoir de guider la jeune fille.

 

Chemin faisant, les sombres paroles du soldat dont il venait de châtier l’impertinence lui revinrent.  Le vétéran à qui il avait oté la vie servait sous ses ordres depuis toujours. Il se souvint des paroles qui, prononcées par cet impudent, l’avaient conduit tout droit en enfer. Toutes étaient porteuses d’un fond de vérité pour Lancelot, à l’exception des dernières, celles qui évoquaient outrageusement le caractère érotique de la bouche d’Isabelle ...

Quoique …

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Aller au châpitre III

 

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