Terror Equatoris
61 - Situation à développer (Flora / Michel)
Deux personnes se promènent dans une forêt. Leur chemin se sépare un instant, pendant lequel l'une des deux (le personnage principal), suite à un phénomène étrange, découvre une sorte de "boîte"...
A partir de ce canevas très simple, racontez-nous une histoire où vous pourrez décider absolument de tous les détails, le but étant comme pour beaucoup de nos exercices d'éviter la banalité, les clichés, et donc de chercher à surprendre par le ton, les personnages, les situations...
Terror Equatoris
(Hommage à Howard Philip Lovecraft)
Howard Philip Lovecraft, ou HPL pour les intimes, est considéré comme un des plus grands auteurs de littérature fantastique d'épouvante. Déclarant souvent lui-même être inspiré par Edgar Alan Poe, pour beaucoup de futurs fans, il dépassa le maître et devient sans égal.Son oeuvre transverse majeure est le fameux "mythe de Cthulu" contant une terre parallèle où sous nos pieds ou dans les cieux dorment de puissantes créatures extra-terrestres aux pouvoirs titanesques quasi absolues et toutes dôtées d'une cruauté inouïe.
J'ai pour Ecriture Ludique choisi de m'inspirer très fortement de cet auteur fantastique - sans bien entendu en égaler la verve sans égal - afin d'écrire ce texte répondant aux consignes d'un des exercices.
De la sorte, étant donné la teneur évidemment épouvantable et limite de mes propos, je dois donc fortement déconseillé la lecture de ce texte aux âmes sensibles.
Pour les autres ... bienvenue dans l'horreur indicible la plus absolue. Hastur le Mal Ancien vous attend.Maintenant.
A cause de la terrible tempête de neige, les deux chasseurs semblaient condamnés à demeurer au sein de l'étrange grotte. Ses parois étaient strictement lisses et les angles des murs étaient droits. Comme cela ne pouvait absolument pas être déterminé par les deux jeunes australopithèques d'ailleurs.
Le vent s'engouffrait dans le cube avec fracas. Soudain, le hurlement d'un jeune mamouth blessé parvint à leurs oreilles.
Le plus vieux des deux garçons expliqua à l'autre dans leur langue clicquettante qu'enfin, ils avaient réussi à attraper leur proie, blessé quelques jours auparavant, et qu'ils fallaient sans plus attendre rejoindre le clan pour leur annoncer cette bonne nouvelle. Le second renacla que c'était trop dangereux de sortir, et que le cadavre du mammouth sera toujours là lorsque l'accalmie surviendra.
Une dispute éclata entre les deux amis.Le premier décida de partir seul. Le deuxième le laissa aller vers une mort certaine.
Le chasseur courageux s'engouffra dans la forêt pétrifiée, lutta avec acharnement contre les éléments, et finit par parvenir à la fosse dans laquelle s'était très probablement précipité le pachyderme pour agoniser sur les pics que lui et son ami avaient taillé et disposé au fond.
La fosse était vide. Au même moment, son ami était piétiné par un mammouth qui venait de dieu seul sait où.
Il entendit un nouveau barrissement désespéré.Cela venait de la grotte étrange.Il pensa immédiatement à son acolyte. Et se précipita.
Parvenu à l'entrée de la grotte, il perçut entre deux hurlements de vent d'horribles bruits de mastication.
A la lumière d'un bref éclair, il vit la créature.
Elle avait le cuir noir. Mais ce n'était pas du cuir. Une matière d'ombre sans cesse mouvante semblant lui apporter le mouvement. Comme si des monceaux d'ombre se formaient en se créant - à partir des ténébres elles-mêmes - les uns derrière les autres pour sublimer une dynamique de tapis roulant faisant avancer cran par cran, oserais-je dire angle par angle, le corps massif du monstre. Si on se contentait de l'assimiler à ses contours, elle avait la taille et vaguement la forme d'un grand canidé.Porteur d'un rostre qui saillait comme un éperon, arme mortelle pourtant moins impressionnante que les griffes qui terminaient ses "pattes". Elles étaient toutes de la taille de l'épieu du chasseur, et bien plus effilées. Des stylets implacables nés dans les ombres.Sous le rostre, une mâchoire de crocodile claquait sans arrêt pour planter dans la chair de sa proie une double rangée de poignards noirs d'où suintait un liquide noir qui se transformait en fumée dès qu'il rencontrait une surface. La créature impossible n'avait pas d'yeux.
Avec trois de ses pattes, elle avait transpercé de toute part le corps du jeune mammouth. De ce fait, un ruisseau de sang coulait et se mélangeait à celui du deuxième chasseur, mort sous le poids du mastodonte.
Après la vague d'éclair, entre lesquelles l'australopithèque survivant put à chaque fois voir le monstre se téléporter d'angle en angles pour dangereusement se rapprocher de lui, les ténébres reprirent leur droit. Juste avant, l'entité disparut d'un coup juste au-dessus de lui, comme avalé par l'angle droit qui le surplombait pour délimiter l'extérieur de la grotte cubique et l'un des deux commencements de son plafond.
A ses pieds, sur le sol lisse, à la perpendiculaire de l'angle de fuite, il y avait une boite.
Il s'en empara, unique butin qu'il eut conservé après ses pénibles événements, et afin de s'éloigner immédiatement de ces lieux maudits il s'enfuit ventre à terre en direction de la rivière.
Plusieurs jours passèrent.
Finalement, l'australopithèque ne put s'en empêcher. Il ouvrit la boîte, tellement ce geste attirait jusqu'au paroxysme chaque parcelle de son être ... de son corps. D'abord, une douce torpeur l'envahit. Puis, elle se transforma en besoin croissant de contact et de chaleur. Avec Une envie forte de toucher de la chair, et même plus. Il alla dans la pièce centrale de la caverne et se colla à une des femmes du groupe qui se pressaient là, toutes les unes contre les autres, pour se réchauffer autour du feu de tribu. Une envie sourde de posséder. La jeune australopithèque n'était pas réceptive, et elle repoussa sans brutalité le jeune chasseur à l'air hébété qui tentait de la forcer. Ce rituel là n'était pas rare en cette ère dans la tribu de la rivière, aussi personne ne réagit vraiment, s'attendant à ce que l'éconduit aille couver sa frustration en vociférant dehors dans la tempête qui les avait cloitré à l'intérieur depuis déjà plusieurs heures. Il insista et se saisit des poignets de l'objet de son désir pour la maintenir pendant qu'il satisfaisait sa soif. Pendant qu'il s'affairait, la fille des cavernes poussa un hurlement déchirant. Il prit aussitôt une pierre par terre et l'abattit avec force et fracas sur la tempe de sa victime, qui tomba morte dans une gerbe de sang. Le groupe de femmes hurla, pris de panique, et commença à se disperser dans un chaos généralisé. Le possédé n'y prêta aucune garde, et s'appliqua à lècher la plaie sanguinolente à même le crâne de sa victime. C'est lorsque ses dents s'attaquèrent à mâcher sa cervelle que ses frères l'empalèrent de leurs lances à pointe barbée. La douleur sembla lui procurer une véritable jouissance et il redoubla de sauvagerie dans son repas. Les chasseurs s'acharnèrent, et c'est lorsque la dixième pointe de lance le traversa qu'il lâcha les restes sanguinolents de la jeune pré-humaine. Au terme d'une agonie surnaturelle - il riait à tue tête comme un cantique de folie - , le jeune possédé laissa dans sa mort tomber une étrange boîte carrée ...
Tout cela se passa il y a précisément un million d'année.
De nos jours, le professeur Philip Dallas regarde l'aube pointé à travers sa toile de tente. Les reflets jaunâtres deviennent peu à peu blanchâtres, et une lumière blafarde commence à innonder le lieu. Aujourd'hui est un grand jour pour lui. Il en termine avec la prospection. Cela fait quarante ans qu'il vit dans la pierre et la poussière.
Il se redresse, et demeure assis le temps d'étirer ses vieux muscles endoloris.Il a 72 ans aujourd'hui, et toute sa vie derrière lui. C'est juste une pensée fugace, car son mode de vie et son caractère ne lui a jamais laissé de place pour être entouré au point que des proches tiennent à lui faire fête pour son anniversaire.ou alors ils sont morts.
La mort ... sa vieille compagne comme il l'appelle. Tout comme bien des aventuriers ou des explorateurs, il l'a cotoyé de nombreuses fois. Toujours pour la donner, parfois pour la voir prendre, et rarement pour la laisser filer.
Il fronce légèrement des sourcils, et se lève tout en baillant et étirant les bras. Puis, son regard se pose sur le titre de la couverture de son livre de chevet, encore ouvert et retourné de la veille : "De Vermis Mysteriis". Philip n'a fait que commencer la lecture de ce livre de Robert Bloch, un receuil d'occultisme épouvantable et mortifère qu'il s'était promis de finir de lire un jour.
L'explorateur était obnubilé par la mort. Lorsqu'il fut interrogé l'an dernier par un journaliste du "Reader digest", il déclara ces mots singuliers : "Je n'ai pas peur de la mort. Je crois que c'est elle qui a peur de moi. Elle préfère s'attaquer à tout mon entourage"."Comment est mort votre femme, l'actrice Jade Dufour, à propos?" l'exhorta alors le reporter.Il répondit alors :"dans d'atroces convulsions, suite à une maladie tropicale intracutanée effroyable provoquée par une bactérie se développant dans de l'eau avariée de l'Amazone."
L'Amazone. Il avait déplacé il y a peu le camp sur ses berges, pour prévenir l'arrivée de la mousson prochaine, et ses orages foudroyant qui décourageaient même les plus intrépides à camper dans la forêt vierge.
Il sort de la tente et toujours sous la grande toile qui lui sert de double toit s'accoude sur une petite margelle porteur d'un miroir et d'un bol à raser . Dehors, sous une pluie battante, les aides de camp vaquent à leurs occupations quotidiennes. Certains préparent le petit déjeuner, d'autres nettoient l'équipement ou rassemblent les indigènes pour la distribution des postes. Un peu plus loin, les scientifiques rassemblent leur équipement d'expertise.
Une fois impeccablement rasé, le viel explorateur anglais se dirige vers la piste d'hélicoptère : son remplaçant ne devrait pas tarder à arriver. Après avoir réquisitionné le service d'un porteur pour qu'il porte une chaise et le protège de son parapluie, il s'asseoit et commence son attente.
Un quart d'heure passe. Le retard commence à devenir anormal pour un vol aussi court. En effet, le professeur Laplace, un brillant anthropologue que Philip estimait être un parvenu, venait du campement de la caverne, à moins de vingt kilomètres d'ici.
Une demi-heure. Tim, le radio, est mandé près du professeur. Il lui annonce ne pas avoir reçu de messages de la base. Et que ses propres messages n'ont pour le moment pas eu de réponse.En précisant bien que dans ces régions extrêmes, en temps d'orage comme maintenant, les communications étaient fréquemment étouffées.Philip Dallas ne répond rien.Il fait un signe impérieux au radio, qui regagne en vitesse son poste.
Depuis un an, le professeur Laplace et lui travaillent sur le même projet : la reconstitution des raisons ayant poussé il y a un million d'année le clan de la caverne a déserté leur abri en plein hiver glaciaire.Ils ont d'ors et déjà trouvé qu'une sorte de créature aurait attaqué les chasseurs australopithèques du clan, comme en témoigne des monceaux de cadavres, tous humains, de toutes tailles et des deux sexes.En paléontologue doué, Philip a tout de suite défendu la thèse d'une famille de smilodons rendue enragée pour une raison mystérieuse, au détriment de sa première hypothèse, un groupement de megaceratops en fuite de telle ou telle catastrophe régionale.Pour l'unique raison que des cadavres australopithèques avaient été dévorées des pieds à la tête.Laplace, lui, l'avait immédiatement contredit et défendu bec et ongles qu'il s'agissait d'une guerre entre deux tribus d'australopithèques, dont une avait dégénérée pour devenir anthropophage.Pour cette raison, les deux experts se détestaient cordialement et aujourd'hui, ce n'est pas sans colère que Philip Dallas envisage de laisser place à son incompétent collègue.En effet, outre son âge avancé, il n'avait pour le moment pas pu trouver de traces du passage de créatures autres qu'humaines...
Après une heure d'attente, la pluie redouble d'intensité.Tant qu'autour de la piste, on ne voit plus à deux mètres.Les manutentionnaires se mettent à parier sur les faibles chances de survie pour qui vole en hélicoptère dans de telles conditions atmosphériques.
Finalement, le docteur Dallas, avec une certaine jubilation, décide de repartir au camp.
C'est à ce moment précis qu'un événement exceptionnel se produit.
Le bruit de tôle cassé déferle dans un cône sonique jusqu'à lui. Il comprend que l'hélicoptère n'atterira jamais.Et qu'il ne revera pas le professeur Laplace vivant.Du moins allait-il s'en assurer de ce pas.
Envoyant le serviteur porte-parapluie quérir du secours, il s'enfonce résolument dans la jungle.
Sans trop de péripétie, à part le fait d'être trempé comme s'il venait de prendre un bain tout habillé dans les remous des chutes victoria, Philip arrive à l'endroit de l'accident.Les grandes pâles en partie empalée dans le tronc d'un sequoïa séculaire témoigne de la violence de l'impact. Le fuselage de l'engin est même encastré partiellement dans l'arbre. Chose étrange, l'angle du choc est d'environ 90° alors que pas un arbre plus grand et susceptible de l'avoir happé dans la tempête n'est à proximité ... comme si le pilote avait dans un ultime réflexe décidé de s'écraser dans la forêt en chute libre.Une chose est certaine, se dit le paléontologue, l'impact fut brutal. D'ailleurs tout l'avant de l'engin s'était déchiré, et ce qu'il reste de l'habitacle, marqué d'un sigle blanc sur fond rouge à la signification incertaine : "BLV", était fracassé au sol. A ses pieds.
Sans attendre, il fonce vers la cabine.Envahi par les mouches. Avec moults mouvements furieux des bras, il la fouille et rapidement découvre le corps d'un homme. Habillé d'une combinaison en cuir de couleur orange, il a le crâne à moitié trépané, rongé de toute part, les zones de morsure servant déjà d'interstices pour les mouches qui faisaient sans cesse des allers retours de leur vrombrissant nuage au cadavre.
Lorsque les hommes du camp arrivèrent en compagnie de son porte-parapluie zêlé, il était encore en train de vomir son petit déjeuner. Il se reprit vite, sous l'effet d'une soudaine et intense frayeur : ils avaient trouvé le corps du pilote ... mais où donc se trouvait le cadavre de Laplace ?? Son siège était vide, si ce n'est deux bouts de jambes et un carnet de notes et de croquis qui baignaient dans une flaque de sang. Dallas fourra ce dernier dans sa poche.
Pris d'une terrible quinte de toux provoquée par les relents acres de fumée et de viscères - une travée métallique transperçait le malheureux de part en part au niveau de l'abdomen ... - le viel explorateur prend ensuite congé et rentre à toute vitesse vers le campement.En tremblant.
...
Il ne se sent pas bien.Une très légère migraine le pousse à laisser son assistante s'occuper des détails de l'accident.Il s'allonge dans son sac de couchage, et commence à lire le carnet du professeur Laplace ... Le calepin est de petite taille, et ne comporte pas de titres.Visiblement un simple cahier de notes.Les premières pages ont ete dechirées.
* 3ème jour : ... Je viens d'avoir une série d'émotions singulières.D'étranges et fascinantes pensées, en rapport avec les membres de mon équipe. Maintenant que je les regarde avec un oeil neuf, je me rend compte qu'avant la découverte de la boîte, il n'existait pas. Je me rend compte par exemple que Elen n'a pas un physique si banal que ça.Son podex charnu la rend certainement fort calypige ...
* 4ème jour : Je ne devrais pas noter cela, mais aujourd'hui, mon esprit a été habité de désirs intenables, et une envie irrépressible de ... Le reste du feuillet est déchiré, et Philip ne put pas déchiffrer plus que quelques portion de mots : ... : " .. me mas...ais .......nésie tout ... re ...a journée, en son... Elen, ......ri Yv.."
* 5ème jour : Je parviens enfin à la conclusion que la boîte est un formidable catalyseur de l'empathie humaine. Elle rend naturel et évident chaque besoin, bien loin de la censure et du lavage de cerveau gregaire dont je fus, comme tant d'autres, victime toute ma vie durant. Fascinante espèce humaine ! Dieu nous a fait chair et sang pour que nous nous mélangions et nous partagions, pas pour que nous ne restions divisé en plusieurs castes opposées. L'homme a eu tord de créer des frontières entre les citoyens du monde.Abolissons ... Walterr !! Il est encore une fois de plus entrer sans frapper, pour pénétrer ma béatitude spirituelle, et ... et je le soupçonne de mauvaises attentions très mauvaises.Il projette de voler ma boîte.Ma précieuse boîte...
* 6ème jour : page totalement déchirée
* 7ème jour : page totalement déchirée
* 8ème jour : page partiellement déchirée, on y voit juste un dessin, ou plutôt un croquis de la boîte sur laquelle le haut d'un buste était attaché ... un peu comme un autel ou une croix de st andré.Le visage du prisonnier était en pleine convulsion mais on distinguait par le nombre de ride qu'il appartenait à un homme assez âgé, la cinquantaine révolue.
* 9 ème jour : Voilà.Waltter ne me dérangera plus où il est.Ce jeune homme est bien beau en tout cas.A peine vingt ans, je crois.Sous sa peau de lait, on devine un sang bon et chaud qui palpite...Je commence à me demander ce qui a fait que l'homme décide de cesser un jour de manger ses morts.Mes anciennes études anthropologiques me dictaient que c'était avec l'avenue des premières religions et l'avénement des premiers dogmes moraux.Foutaise !! En regardant la boîte, je comprend qu'Assturr a tout simplement jugé que l'homme avec son accès au stade dégénéré de sédentaire éleveur a l'Holocène a perdu la pureté nécessaire pour s'auto-alimenter de lui-même.
* 10 ème jour : Assturr m'a parlé longuement cette nuit ... Il m'a notamment dit que j'étais prêt. Alors j'ai réveillé Waltter et passé un bon moment avec lui. Aujourd'hui, je ne pourrais pas étudier la boîte.Je pars rendre visite à un vieil ami,le professeur Philip DALLAS... C'est son tour.
S'ensuit une longue description du potentiel attractif et érotique d'un homme qu'il appelle son cocher.Les dernières lettres de la feuille se transforment progressivement en un gallimatia faits de gribouillis sans cohérence...
Philip Dallas jette au loin dans sa tente le carnet. Il tremble des mains et sent la migraine monter en lui.Une fièvre aussi inquiétante que soudaine l'emporta durant des jours dans un monde de rêve, empli de ses propres cauchemards.Tous sales.
Dans un kaléidoscope multicolore, un homme à tête de tigre aux dents de sabres, plante avec furie et délice pervers un de ses terribles crocs dans le crâne de Laplace alors ligoté nue sur une table cubique en pierre couverte de signes géométriques indistincts. Dans un bruit de succion terrifiant, la cervelle de sa proie qu'il lacère en même temps de ses longues griffes au niveau des épaules, devient une infecte bouillie. Telle une volute verticale de fumée, celle-ci est aspirée dans l'estomac du monstre chimèrique.Autour de l'autel sacrificiel, un cercle d'indigène nue joue du tam tam en hurlant sans cesse dans leur dialecte clicquettant: "Asssstuuuurrrr ... Asssstttturrrrrr ...Asssstttuuurrrrr"
Le supplicié crie alors de manière déchirante ... Le cri va en s'amplifiant alors même que, spectateur virtuel de ce sinistre rituel, Philip a devant lui un cadavre déjà complètement exsangue.
Cette singulière bizarrerie tire le professeur de son sommeil.Il n'a plus du tout mal à la tête, mais il se lève en sursaut et en sueur ... Sous la tente, il doit faire nuit.Une nuit chaude et humide sent-il.Et au dehors, un homme hurle à la mort.Le hurlement ne provient pas de ces songes.Et une terreur absolu l'enveloppe.
Il reste de nombreuses minutes sous la tente, tremblant de tous ses membres, ne pouvant rien faire d'autres qu'entendre l'agonie qui a lieu à quelques centaines de mètres de là.C'est alors qu'il entend comme des bruits dans l'herbe qui entoure sa tente côté camp - elle était adossée à la lisière de la forêt le long de hautes et denses fougères. Un être vivant longe la toile, contournant rapidement son abri.Il tourne furieusement la tête autour de lui, cherchant dans le peu de clarté lunaire un objet qui pourrait lui servir d'arme.Il ne trouve que sa lourde lampe torche qu'il agrippe sans réfléchir. Sans oser bondir vers la créature dont il percoit les contours difformes de l'autre côté de la toile.Juste derrière l'entrée.Il y a un crissement mécanique strident.
Mademoiselle Wise, sa jeune assistante, bondit sur lui, manquant tout juste de se prendre un coup de torche sur le front.La jeune femme est terrorisée et regarde son mentor avec un oeil hagard.Elle est entièrement nue et griffée à maints endroits de longues estafilades qui la font saigner superficiellement. Tout cela est furieusement étonnant, et en face de cette belle jeune femme Philip Dallas reprend son calme.Elle, tombe en pamoison dans ses bras. Le premier geste du paléontologue est de l'allonger sur son matelas et d'en rabattre les pans sur elle. Pour la couvrir.
En bon gentleman respectueux des femmes, il ne profite pas de la situation même si elle ne le rendait pas insensible du tout, et quitte ses quartiers en la laissant seule.
Dehors, le désordre - pour ne pas dire le chaos - règne dans le camp.Il y a deux tendances désorganisées : se rapprocher de la zone des cris, ou s'en éloigner.Philip choisit de s'en approcher. Ce faisant, il croise de nombreuses personnes paniquées qui restent sourds à ses ordres et ses interogations. Il se sent seul.Il traverse le parking, où les véhicules sont réquisitionnées par le plus fort du moment.Tous jouent des coudes et des mains, ou brandissent de véritables armes, telles des pistolets ou des machettes.
Plus il se rapproche de l'origine des hurlements, plus ceux-ci baissent en volume, devenant de simples râles. Il parvient en haut d'une petite colline offrant une vue agréable sur le fleuve. Là, il croise soudain un groupe d'hommes vociférant et décidé portant un tas d'habits masculins et féminins ainsi que divers autres équipements. Ceux-ci, semblant poursuivre quelque chose,ou quelqu'un, ne font pas du tout attention à lui. Alors qu'il va s'interroger, il voit le blessé. Il est déjà mort.Partiellement dénudé, et les membres tous arrachés et semés autour de lui, il a près de la moitié de la tête réduite en bouillie.
Alors que la panique monte en lui, une tension anormale l'empêche de perdre pied.Un désir fou et irrésistible de faire marche arrière au plus vite.Et aussi autre chose. Une vague de pulsion inhabituelle.Un désir de posséder un objet ressemblant au cube personnage central de ses rêves.Comme si l'objet lui-même le convoquait.Il fait demi tour et court à perdre haleine vers le parking.
Dans l'enclos aux véhicules, un spectacle macabre et innouï l'attend: indigènes et scientifiques se frappent avec sauvagerie.Mais le plus incroyable est le ballet mortel d'une créature qui a du être humaine : il a tressé les moignons de ses jambes autour d'une armature métallique légère et tranchante sur laquelle est écrit en rouge :"BLV". Chacun de ses coups de pied, qu'il asséne avec une vitesse et une souplesse improbable, éventre un des malheureux explorateurs qui tentent de l'agripper.En effet, une analyse rapide de Philip lui montre que les gens convergent sur la créature humaine qu'a été le professeur Laplace - il le reconnait à son visage - de sorte que les plus proches de lui l'attaquent et que les plus éloignés tentent de se frayer un passage vers lui en s'entretuant ce faisant.Lui-même a une furieuse envie de se mêler à la ronde mortelle pour agir de même.
Sans trop savoir pourquoi, il réussit pourtant à résister suffisamment à l'injonction mystérieuse pour ne pas se lancer à son tour dans une boucherie qui le conduirait, vu son grand âge, à une mort atroce et certaine.Reste que l'appel est insupportable.Irrésistible.Et qu'il doit y répondre d'une manière ou d'une autre.Un conflit intérieur le malmène alors, et il se met à genou à terre en dodelinant de la tête, en proie à des tourments intenses. C'est alors que son regard se braque vers un des longs camions citernes en charge du ravitaillement des hélicoptères.
Détournant un moment ses démentes pulsions de mort, Philip monte dans le véhicule et comme guidé par une main invisible, parvient à trouver les bons gestes pour démarrer le lourd engin et lui faire prendre de la vitesse.
Dans un sillage de cadavre, le camion écraseur percute le monstre. Laplace résiste au premier essieu, reste conscient malgré les chocs donné par les tubes et objets métalliques divers rencontré par son corps sous la carosserie du camion lancé à vive allure, et la partie supérieure de son corps explose littéralement lors du passage sous le deuxième essieu.Philip continue sur sa lancée, en hurlant comme un samourai se jettant cors et âmes dans son ultime mêlée.Il arrête finalement le camion en fin de piste, juste avant le fleuve et un pont de corde de facture sommaire.Il descend du véhicule et en fait le tour pour vérifier que la menace est définitivement écartée.Lorsqu'il voit ce qu'il reste du cadavre de Laplace, tout enroulé autour de son pare-choc, un unique bras encore en état aux mains agrippant encore en un mouvement nerveux un sac à dos en cuir, il se sent soudain en grande partie soulagée.Enfin la menace semble éradiquée !
Il détache tant bien que mal le sac et avec lui repart vers le camp, à pied cette fois, non sans se demander par quelle magie il a pu conduire sans faillir l'énorme véhicule qui venait de lui sauver la vie.Philip a alors une pensée amusée : peut-être existe-il une force bénéfique invisible qui l'a pris sous son aile bienfaitrice pour lui permettre de lutter contre une terrible force de l'au-delà ? Peut-être ...
Quoi qu'il en soit, il se sent à présent totalement en paix.Toute la sauvagerie démentielle qui l'a habité le temps de cette macabre folie s'est dissipée avec la mort de ce qu'était devenu l'anthropologue Laplace.
C'est sans émotion qu'il traverse le campement en ruine, se frayant un passage parmi des hommes et des femmes hébétés des massacres qu'ils ont eux-mêmes provoqués dans leurs exactions criminelles. C'est dans une ambiance de terreur effroyable et de triste désarroi que Philip Dallas pénétre joyeusement et avec légèreté dans sa tente encore fermée. Il y retrouve sa belle blonde, toujours endormie dans les royaumes bigarrés de Morphée.
Il vide le sac de Laplace sur sa table.Puis, il s'agenouille de part et d'autres de son assistante.Il écarte les pans de tissus qui la couvre pour se délecter du plaisir quasi inégalable que lui procure à présent la vision de sa poitrine parfaite.
Il pointe sa langue à l'extérieur de sa bouche et se pourlèche les babines.Tout en tentant de résister avec de moins en moins d'efficacité à l'envie grandissante de caresser les seins de la jeune humaine qui lui est ainsi toute offerte en pâture, il commence à déboutonner son pantalon ...
Il avait posé la boîte sur la table.
Deux personnes se promènent dans une forêt. Leur chemin se sépare un instant, pendant lequel l'une des deux (le personnage principal), suite à un phénomène étrange, découvre une sorte de "boîte"...
A partir de ce canevas très simple, racontez-nous une histoire où vous pourrez décider absolument de tous les détails, le but étant comme pour beaucoup de nos exercices d'éviter la banalité, les clichés, et donc de chercher à surprendre par le ton, les personnages, les situations...
Terror Equatoris
(Hommage à Howard Philip Lovecraft)
Howard Philip Lovecraft, ou HPL pour les intimes, est considéré comme un des plus grands auteurs de littérature fantastique d'épouvante. Déclarant souvent lui-même être inspiré par Edgar Alan Poe, pour beaucoup de futurs fans, il dépassa le maître et devient sans égal.Son oeuvre transverse majeure est le fameux "mythe de Cthulu" contant une terre parallèle où sous nos pieds ou dans les cieux dorment de puissantes créatures extra-terrestres aux pouvoirs titanesques quasi absolues et toutes dôtées d'une cruauté inouïe.
J'ai pour Ecriture Ludique choisi de m'inspirer très fortement de cet auteur fantastique - sans bien entendu en égaler la verve sans égal - afin d'écrire ce texte répondant aux consignes d'un des exercices.
De la sorte, étant donné la teneur évidemment épouvantable et limite de mes propos, je dois donc fortement déconseillé la lecture de ce texte aux âmes sensibles.
Pour les autres ... bienvenue dans l'horreur indicible la plus absolue. Hastur le Mal Ancien vous attend.Maintenant.
A cause de la terrible tempête de neige, les deux chasseurs semblaient condamnés à demeurer au sein de l'étrange grotte. Ses parois étaient strictement lisses et les angles des murs étaient droits. Comme cela ne pouvait absolument pas être déterminé par les deux jeunes australopithèques d'ailleurs.
Le vent s'engouffrait dans le cube avec fracas. Soudain, le hurlement d'un jeune mamouth blessé parvint à leurs oreilles.
Le plus vieux des deux garçons expliqua à l'autre dans leur langue clicquettante qu'enfin, ils avaient réussi à attraper leur proie, blessé quelques jours auparavant, et qu'ils fallaient sans plus attendre rejoindre le clan pour leur annoncer cette bonne nouvelle. Le second renacla que c'était trop dangereux de sortir, et que le cadavre du mammouth sera toujours là lorsque l'accalmie surviendra.
Une dispute éclata entre les deux amis.Le premier décida de partir seul. Le deuxième le laissa aller vers une mort certaine.
Le chasseur courageux s'engouffra dans la forêt pétrifiée, lutta avec acharnement contre les éléments, et finit par parvenir à la fosse dans laquelle s'était très probablement précipité le pachyderme pour agoniser sur les pics que lui et son ami avaient taillé et disposé au fond.
La fosse était vide. Au même moment, son ami était piétiné par un mammouth qui venait de dieu seul sait où.
Il entendit un nouveau barrissement désespéré.Cela venait de la grotte étrange.Il pensa immédiatement à son acolyte. Et se précipita.
Parvenu à l'entrée de la grotte, il perçut entre deux hurlements de vent d'horribles bruits de mastication.
A la lumière d'un bref éclair, il vit la créature.
Elle avait le cuir noir. Mais ce n'était pas du cuir. Une matière d'ombre sans cesse mouvante semblant lui apporter le mouvement. Comme si des monceaux d'ombre se formaient en se créant - à partir des ténébres elles-mêmes - les uns derrière les autres pour sublimer une dynamique de tapis roulant faisant avancer cran par cran, oserais-je dire angle par angle, le corps massif du monstre. Si on se contentait de l'assimiler à ses contours, elle avait la taille et vaguement la forme d'un grand canidé.Porteur d'un rostre qui saillait comme un éperon, arme mortelle pourtant moins impressionnante que les griffes qui terminaient ses "pattes". Elles étaient toutes de la taille de l'épieu du chasseur, et bien plus effilées. Des stylets implacables nés dans les ombres.Sous le rostre, une mâchoire de crocodile claquait sans arrêt pour planter dans la chair de sa proie une double rangée de poignards noirs d'où suintait un liquide noir qui se transformait en fumée dès qu'il rencontrait une surface. La créature impossible n'avait pas d'yeux.
Avec trois de ses pattes, elle avait transpercé de toute part le corps du jeune mammouth. De ce fait, un ruisseau de sang coulait et se mélangeait à celui du deuxième chasseur, mort sous le poids du mastodonte.
Après la vague d'éclair, entre lesquelles l'australopithèque survivant put à chaque fois voir le monstre se téléporter d'angle en angles pour dangereusement se rapprocher de lui, les ténébres reprirent leur droit. Juste avant, l'entité disparut d'un coup juste au-dessus de lui, comme avalé par l'angle droit qui le surplombait pour délimiter l'extérieur de la grotte cubique et l'un des deux commencements de son plafond.
A ses pieds, sur le sol lisse, à la perpendiculaire de l'angle de fuite, il y avait une boite.
Il s'en empara, unique butin qu'il eut conservé après ses pénibles événements, et afin de s'éloigner immédiatement de ces lieux maudits il s'enfuit ventre à terre en direction de la rivière.
Plusieurs jours passèrent.
Finalement, l'australopithèque ne put s'en empêcher. Il ouvrit la boîte, tellement ce geste attirait jusqu'au paroxysme chaque parcelle de son être ... de son corps. D'abord, une douce torpeur l'envahit. Puis, elle se transforma en besoin croissant de contact et de chaleur. Avec Une envie forte de toucher de la chair, et même plus. Il alla dans la pièce centrale de la caverne et se colla à une des femmes du groupe qui se pressaient là, toutes les unes contre les autres, pour se réchauffer autour du feu de tribu. Une envie sourde de posséder. La jeune australopithèque n'était pas réceptive, et elle repoussa sans brutalité le jeune chasseur à l'air hébété qui tentait de la forcer. Ce rituel là n'était pas rare en cette ère dans la tribu de la rivière, aussi personne ne réagit vraiment, s'attendant à ce que l'éconduit aille couver sa frustration en vociférant dehors dans la tempête qui les avait cloitré à l'intérieur depuis déjà plusieurs heures. Il insista et se saisit des poignets de l'objet de son désir pour la maintenir pendant qu'il satisfaisait sa soif. Pendant qu'il s'affairait, la fille des cavernes poussa un hurlement déchirant. Il prit aussitôt une pierre par terre et l'abattit avec force et fracas sur la tempe de sa victime, qui tomba morte dans une gerbe de sang. Le groupe de femmes hurla, pris de panique, et commença à se disperser dans un chaos généralisé. Le possédé n'y prêta aucune garde, et s'appliqua à lècher la plaie sanguinolente à même le crâne de sa victime. C'est lorsque ses dents s'attaquèrent à mâcher sa cervelle que ses frères l'empalèrent de leurs lances à pointe barbée. La douleur sembla lui procurer une véritable jouissance et il redoubla de sauvagerie dans son repas. Les chasseurs s'acharnèrent, et c'est lorsque la dixième pointe de lance le traversa qu'il lâcha les restes sanguinolents de la jeune pré-humaine. Au terme d'une agonie surnaturelle - il riait à tue tête comme un cantique de folie - , le jeune possédé laissa dans sa mort tomber une étrange boîte carrée ...
Tout cela se passa il y a précisément un million d'année.
De nos jours, le professeur Philip Dallas regarde l'aube pointé à travers sa toile de tente. Les reflets jaunâtres deviennent peu à peu blanchâtres, et une lumière blafarde commence à innonder le lieu. Aujourd'hui est un grand jour pour lui. Il en termine avec la prospection. Cela fait quarante ans qu'il vit dans la pierre et la poussière.
Il se redresse, et demeure assis le temps d'étirer ses vieux muscles endoloris.Il a 72 ans aujourd'hui, et toute sa vie derrière lui. C'est juste une pensée fugace, car son mode de vie et son caractère ne lui a jamais laissé de place pour être entouré au point que des proches tiennent à lui faire fête pour son anniversaire.ou alors ils sont morts.
La mort ... sa vieille compagne comme il l'appelle. Tout comme bien des aventuriers ou des explorateurs, il l'a cotoyé de nombreuses fois. Toujours pour la donner, parfois pour la voir prendre, et rarement pour la laisser filer.
Il fronce légèrement des sourcils, et se lève tout en baillant et étirant les bras. Puis, son regard se pose sur le titre de la couverture de son livre de chevet, encore ouvert et retourné de la veille : "De Vermis Mysteriis". Philip n'a fait que commencer la lecture de ce livre de Robert Bloch, un receuil d'occultisme épouvantable et mortifère qu'il s'était promis de finir de lire un jour.
L'explorateur était obnubilé par la mort. Lorsqu'il fut interrogé l'an dernier par un journaliste du "Reader digest", il déclara ces mots singuliers : "Je n'ai pas peur de la mort. Je crois que c'est elle qui a peur de moi. Elle préfère s'attaquer à tout mon entourage"."Comment est mort votre femme, l'actrice Jade Dufour, à propos?" l'exhorta alors le reporter.Il répondit alors :"dans d'atroces convulsions, suite à une maladie tropicale intracutanée effroyable provoquée par une bactérie se développant dans de l'eau avariée de l'Amazone."
L'Amazone. Il avait déplacé il y a peu le camp sur ses berges, pour prévenir l'arrivée de la mousson prochaine, et ses orages foudroyant qui décourageaient même les plus intrépides à camper dans la forêt vierge.
Il sort de la tente et toujours sous la grande toile qui lui sert de double toit s'accoude sur une petite margelle porteur d'un miroir et d'un bol à raser . Dehors, sous une pluie battante, les aides de camp vaquent à leurs occupations quotidiennes. Certains préparent le petit déjeuner, d'autres nettoient l'équipement ou rassemblent les indigènes pour la distribution des postes. Un peu plus loin, les scientifiques rassemblent leur équipement d'expertise.
Une fois impeccablement rasé, le viel explorateur anglais se dirige vers la piste d'hélicoptère : son remplaçant ne devrait pas tarder à arriver. Après avoir réquisitionné le service d'un porteur pour qu'il porte une chaise et le protège de son parapluie, il s'asseoit et commence son attente.
Un quart d'heure passe. Le retard commence à devenir anormal pour un vol aussi court. En effet, le professeur Laplace, un brillant anthropologue que Philip estimait être un parvenu, venait du campement de la caverne, à moins de vingt kilomètres d'ici.
Une demi-heure. Tim, le radio, est mandé près du professeur. Il lui annonce ne pas avoir reçu de messages de la base. Et que ses propres messages n'ont pour le moment pas eu de réponse.En précisant bien que dans ces régions extrêmes, en temps d'orage comme maintenant, les communications étaient fréquemment étouffées.Philip Dallas ne répond rien.Il fait un signe impérieux au radio, qui regagne en vitesse son poste.
Depuis un an, le professeur Laplace et lui travaillent sur le même projet : la reconstitution des raisons ayant poussé il y a un million d'année le clan de la caverne a déserté leur abri en plein hiver glaciaire.Ils ont d'ors et déjà trouvé qu'une sorte de créature aurait attaqué les chasseurs australopithèques du clan, comme en témoigne des monceaux de cadavres, tous humains, de toutes tailles et des deux sexes.En paléontologue doué, Philip a tout de suite défendu la thèse d'une famille de smilodons rendue enragée pour une raison mystérieuse, au détriment de sa première hypothèse, un groupement de megaceratops en fuite de telle ou telle catastrophe régionale.Pour l'unique raison que des cadavres australopithèques avaient été dévorées des pieds à la tête.Laplace, lui, l'avait immédiatement contredit et défendu bec et ongles qu'il s'agissait d'une guerre entre deux tribus d'australopithèques, dont une avait dégénérée pour devenir anthropophage.Pour cette raison, les deux experts se détestaient cordialement et aujourd'hui, ce n'est pas sans colère que Philip Dallas envisage de laisser place à son incompétent collègue.En effet, outre son âge avancé, il n'avait pour le moment pas pu trouver de traces du passage de créatures autres qu'humaines...
Après une heure d'attente, la pluie redouble d'intensité.Tant qu'autour de la piste, on ne voit plus à deux mètres.Les manutentionnaires se mettent à parier sur les faibles chances de survie pour qui vole en hélicoptère dans de telles conditions atmosphériques.
Finalement, le docteur Dallas, avec une certaine jubilation, décide de repartir au camp.
C'est à ce moment précis qu'un événement exceptionnel se produit.
Le bruit de tôle cassé déferle dans un cône sonique jusqu'à lui. Il comprend que l'hélicoptère n'atterira jamais.Et qu'il ne revera pas le professeur Laplace vivant.Du moins allait-il s'en assurer de ce pas.
Envoyant le serviteur porte-parapluie quérir du secours, il s'enfonce résolument dans la jungle.
Sans trop de péripétie, à part le fait d'être trempé comme s'il venait de prendre un bain tout habillé dans les remous des chutes victoria, Philip arrive à l'endroit de l'accident.Les grandes pâles en partie empalée dans le tronc d'un sequoïa séculaire témoigne de la violence de l'impact. Le fuselage de l'engin est même encastré partiellement dans l'arbre. Chose étrange, l'angle du choc est d'environ 90° alors que pas un arbre plus grand et susceptible de l'avoir happé dans la tempête n'est à proximité ... comme si le pilote avait dans un ultime réflexe décidé de s'écraser dans la forêt en chute libre.Une chose est certaine, se dit le paléontologue, l'impact fut brutal. D'ailleurs tout l'avant de l'engin s'était déchiré, et ce qu'il reste de l'habitacle, marqué d'un sigle blanc sur fond rouge à la signification incertaine : "BLV", était fracassé au sol. A ses pieds.
Sans attendre, il fonce vers la cabine.Envahi par les mouches. Avec moults mouvements furieux des bras, il la fouille et rapidement découvre le corps d'un homme. Habillé d'une combinaison en cuir de couleur orange, il a le crâne à moitié trépané, rongé de toute part, les zones de morsure servant déjà d'interstices pour les mouches qui faisaient sans cesse des allers retours de leur vrombrissant nuage au cadavre.
Lorsque les hommes du camp arrivèrent en compagnie de son porte-parapluie zêlé, il était encore en train de vomir son petit déjeuner. Il se reprit vite, sous l'effet d'une soudaine et intense frayeur : ils avaient trouvé le corps du pilote ... mais où donc se trouvait le cadavre de Laplace ?? Son siège était vide, si ce n'est deux bouts de jambes et un carnet de notes et de croquis qui baignaient dans une flaque de sang. Dallas fourra ce dernier dans sa poche.
Pris d'une terrible quinte de toux provoquée par les relents acres de fumée et de viscères - une travée métallique transperçait le malheureux de part en part au niveau de l'abdomen ... - le viel explorateur prend ensuite congé et rentre à toute vitesse vers le campement.En tremblant.
...
Il ne se sent pas bien.Une très légère migraine le pousse à laisser son assistante s'occuper des détails de l'accident.Il s'allonge dans son sac de couchage, et commence à lire le carnet du professeur Laplace ... Le calepin est de petite taille, et ne comporte pas de titres.Visiblement un simple cahier de notes.Les premières pages ont ete dechirées.
* 3ème jour : ... Je viens d'avoir une série d'émotions singulières.D'étranges et fascinantes pensées, en rapport avec les membres de mon équipe. Maintenant que je les regarde avec un oeil neuf, je me rend compte qu'avant la découverte de la boîte, il n'existait pas. Je me rend compte par exemple que Elen n'a pas un physique si banal que ça.Son podex charnu la rend certainement fort calypige ...
* 4ème jour : Je ne devrais pas noter cela, mais aujourd'hui, mon esprit a été habité de désirs intenables, et une envie irrépressible de ... Le reste du feuillet est déchiré, et Philip ne put pas déchiffrer plus que quelques portion de mots : ... : " .. me mas...ais .......nésie tout ... re ...a journée, en son... Elen, ......ri Yv.."
* 5ème jour : Je parviens enfin à la conclusion que la boîte est un formidable catalyseur de l'empathie humaine. Elle rend naturel et évident chaque besoin, bien loin de la censure et du lavage de cerveau gregaire dont je fus, comme tant d'autres, victime toute ma vie durant. Fascinante espèce humaine ! Dieu nous a fait chair et sang pour que nous nous mélangions et nous partagions, pas pour que nous ne restions divisé en plusieurs castes opposées. L'homme a eu tord de créer des frontières entre les citoyens du monde.Abolissons ... Walterr !! Il est encore une fois de plus entrer sans frapper, pour pénétrer ma béatitude spirituelle, et ... et je le soupçonne de mauvaises attentions très mauvaises.Il projette de voler ma boîte.Ma précieuse boîte...
* 6ème jour : page totalement déchirée
* 7ème jour : page totalement déchirée
* 8ème jour : page partiellement déchirée, on y voit juste un dessin, ou plutôt un croquis de la boîte sur laquelle le haut d'un buste était attaché ... un peu comme un autel ou une croix de st andré.Le visage du prisonnier était en pleine convulsion mais on distinguait par le nombre de ride qu'il appartenait à un homme assez âgé, la cinquantaine révolue.
* 9 ème jour : Voilà.Waltter ne me dérangera plus où il est.Ce jeune homme est bien beau en tout cas.A peine vingt ans, je crois.Sous sa peau de lait, on devine un sang bon et chaud qui palpite...Je commence à me demander ce qui a fait que l'homme décide de cesser un jour de manger ses morts.Mes anciennes études anthropologiques me dictaient que c'était avec l'avenue des premières religions et l'avénement des premiers dogmes moraux.Foutaise !! En regardant la boîte, je comprend qu'Assturr a tout simplement jugé que l'homme avec son accès au stade dégénéré de sédentaire éleveur a l'Holocène a perdu la pureté nécessaire pour s'auto-alimenter de lui-même.
* 10 ème jour : Assturr m'a parlé longuement cette nuit ... Il m'a notamment dit que j'étais prêt. Alors j'ai réveillé Waltter et passé un bon moment avec lui. Aujourd'hui, je ne pourrais pas étudier la boîte.Je pars rendre visite à un vieil ami,le professeur Philip DALLAS... C'est son tour.
S'ensuit une longue description du potentiel attractif et érotique d'un homme qu'il appelle son cocher.Les dernières lettres de la feuille se transforment progressivement en un gallimatia faits de gribouillis sans cohérence...
Philip Dallas jette au loin dans sa tente le carnet. Il tremble des mains et sent la migraine monter en lui.Une fièvre aussi inquiétante que soudaine l'emporta durant des jours dans un monde de rêve, empli de ses propres cauchemards.Tous sales.
Dans un kaléidoscope multicolore, un homme à tête de tigre aux dents de sabres, plante avec furie et délice pervers un de ses terribles crocs dans le crâne de Laplace alors ligoté nue sur une table cubique en pierre couverte de signes géométriques indistincts. Dans un bruit de succion terrifiant, la cervelle de sa proie qu'il lacère en même temps de ses longues griffes au niveau des épaules, devient une infecte bouillie. Telle une volute verticale de fumée, celle-ci est aspirée dans l'estomac du monstre chimèrique.Autour de l'autel sacrificiel, un cercle d'indigène nue joue du tam tam en hurlant sans cesse dans leur dialecte clicquettant: "Asssstuuuurrrr ... Asssstttturrrrrr ...Asssstttuuurrrrr"
Le supplicié crie alors de manière déchirante ... Le cri va en s'amplifiant alors même que, spectateur virtuel de ce sinistre rituel, Philip a devant lui un cadavre déjà complètement exsangue.
Cette singulière bizarrerie tire le professeur de son sommeil.Il n'a plus du tout mal à la tête, mais il se lève en sursaut et en sueur ... Sous la tente, il doit faire nuit.Une nuit chaude et humide sent-il.Et au dehors, un homme hurle à la mort.Le hurlement ne provient pas de ces songes.Et une terreur absolu l'enveloppe.
Il reste de nombreuses minutes sous la tente, tremblant de tous ses membres, ne pouvant rien faire d'autres qu'entendre l'agonie qui a lieu à quelques centaines de mètres de là.C'est alors qu'il entend comme des bruits dans l'herbe qui entoure sa tente côté camp - elle était adossée à la lisière de la forêt le long de hautes et denses fougères. Un être vivant longe la toile, contournant rapidement son abri.Il tourne furieusement la tête autour de lui, cherchant dans le peu de clarté lunaire un objet qui pourrait lui servir d'arme.Il ne trouve que sa lourde lampe torche qu'il agrippe sans réfléchir. Sans oser bondir vers la créature dont il percoit les contours difformes de l'autre côté de la toile.Juste derrière l'entrée.Il y a un crissement mécanique strident.
Mademoiselle Wise, sa jeune assistante, bondit sur lui, manquant tout juste de se prendre un coup de torche sur le front.La jeune femme est terrorisée et regarde son mentor avec un oeil hagard.Elle est entièrement nue et griffée à maints endroits de longues estafilades qui la font saigner superficiellement. Tout cela est furieusement étonnant, et en face de cette belle jeune femme Philip Dallas reprend son calme.Elle, tombe en pamoison dans ses bras. Le premier geste du paléontologue est de l'allonger sur son matelas et d'en rabattre les pans sur elle. Pour la couvrir.
En bon gentleman respectueux des femmes, il ne profite pas de la situation même si elle ne le rendait pas insensible du tout, et quitte ses quartiers en la laissant seule.
Dehors, le désordre - pour ne pas dire le chaos - règne dans le camp.Il y a deux tendances désorganisées : se rapprocher de la zone des cris, ou s'en éloigner.Philip choisit de s'en approcher. Ce faisant, il croise de nombreuses personnes paniquées qui restent sourds à ses ordres et ses interogations. Il se sent seul.Il traverse le parking, où les véhicules sont réquisitionnées par le plus fort du moment.Tous jouent des coudes et des mains, ou brandissent de véritables armes, telles des pistolets ou des machettes.
Plus il se rapproche de l'origine des hurlements, plus ceux-ci baissent en volume, devenant de simples râles. Il parvient en haut d'une petite colline offrant une vue agréable sur le fleuve. Là, il croise soudain un groupe d'hommes vociférant et décidé portant un tas d'habits masculins et féminins ainsi que divers autres équipements. Ceux-ci, semblant poursuivre quelque chose,ou quelqu'un, ne font pas du tout attention à lui. Alors qu'il va s'interroger, il voit le blessé. Il est déjà mort.Partiellement dénudé, et les membres tous arrachés et semés autour de lui, il a près de la moitié de la tête réduite en bouillie.
Alors que la panique monte en lui, une tension anormale l'empêche de perdre pied.Un désir fou et irrésistible de faire marche arrière au plus vite.Et aussi autre chose. Une vague de pulsion inhabituelle.Un désir de posséder un objet ressemblant au cube personnage central de ses rêves.Comme si l'objet lui-même le convoquait.Il fait demi tour et court à perdre haleine vers le parking.
Dans l'enclos aux véhicules, un spectacle macabre et innouï l'attend: indigènes et scientifiques se frappent avec sauvagerie.Mais le plus incroyable est le ballet mortel d'une créature qui a du être humaine : il a tressé les moignons de ses jambes autour d'une armature métallique légère et tranchante sur laquelle est écrit en rouge :"BLV". Chacun de ses coups de pied, qu'il asséne avec une vitesse et une souplesse improbable, éventre un des malheureux explorateurs qui tentent de l'agripper.En effet, une analyse rapide de Philip lui montre que les gens convergent sur la créature humaine qu'a été le professeur Laplace - il le reconnait à son visage - de sorte que les plus proches de lui l'attaquent et que les plus éloignés tentent de se frayer un passage vers lui en s'entretuant ce faisant.Lui-même a une furieuse envie de se mêler à la ronde mortelle pour agir de même.
Sans trop savoir pourquoi, il réussit pourtant à résister suffisamment à l'injonction mystérieuse pour ne pas se lancer à son tour dans une boucherie qui le conduirait, vu son grand âge, à une mort atroce et certaine.Reste que l'appel est insupportable.Irrésistible.Et qu'il doit y répondre d'une manière ou d'une autre.Un conflit intérieur le malmène alors, et il se met à genou à terre en dodelinant de la tête, en proie à des tourments intenses. C'est alors que son regard se braque vers un des longs camions citernes en charge du ravitaillement des hélicoptères.
Détournant un moment ses démentes pulsions de mort, Philip monte dans le véhicule et comme guidé par une main invisible, parvient à trouver les bons gestes pour démarrer le lourd engin et lui faire prendre de la vitesse.
Dans un sillage de cadavre, le camion écraseur percute le monstre. Laplace résiste au premier essieu, reste conscient malgré les chocs donné par les tubes et objets métalliques divers rencontré par son corps sous la carosserie du camion lancé à vive allure, et la partie supérieure de son corps explose littéralement lors du passage sous le deuxième essieu.Philip continue sur sa lancée, en hurlant comme un samourai se jettant cors et âmes dans son ultime mêlée.Il arrête finalement le camion en fin de piste, juste avant le fleuve et un pont de corde de facture sommaire.Il descend du véhicule et en fait le tour pour vérifier que la menace est définitivement écartée.Lorsqu'il voit ce qu'il reste du cadavre de Laplace, tout enroulé autour de son pare-choc, un unique bras encore en état aux mains agrippant encore en un mouvement nerveux un sac à dos en cuir, il se sent soudain en grande partie soulagée.Enfin la menace semble éradiquée !
Il détache tant bien que mal le sac et avec lui repart vers le camp, à pied cette fois, non sans se demander par quelle magie il a pu conduire sans faillir l'énorme véhicule qui venait de lui sauver la vie.Philip a alors une pensée amusée : peut-être existe-il une force bénéfique invisible qui l'a pris sous son aile bienfaitrice pour lui permettre de lutter contre une terrible force de l'au-delà ? Peut-être ...
Quoi qu'il en soit, il se sent à présent totalement en paix.Toute la sauvagerie démentielle qui l'a habité le temps de cette macabre folie s'est dissipée avec la mort de ce qu'était devenu l'anthropologue Laplace.
C'est sans émotion qu'il traverse le campement en ruine, se frayant un passage parmi des hommes et des femmes hébétés des massacres qu'ils ont eux-mêmes provoqués dans leurs exactions criminelles. C'est dans une ambiance de terreur effroyable et de triste désarroi que Philip Dallas pénétre joyeusement et avec légèreté dans sa tente encore fermée. Il y retrouve sa belle blonde, toujours endormie dans les royaumes bigarrés de Morphée.
Il vide le sac de Laplace sur sa table.Puis, il s'agenouille de part et d'autres de son assistante.Il écarte les pans de tissus qui la couvre pour se délecter du plaisir quasi inégalable que lui procure à présent la vision de sa poitrine parfaite.
Il pointe sa langue à l'extérieur de sa bouche et se pourlèche les babines.Tout en tentant de résister avec de moins en moins d'efficacité à l'envie grandissante de caresser les seins de la jeune humaine qui lui est ainsi toute offerte en pâture, il commence à déboutonner son pantalon ...
Il avait posé la boîte sur la table.
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